Etre ou Avoir ? Vivre simplement c'est parfois très compliqué...
Source : Midi Libre le 15 juin 2009 par Sylvain Michelet
Nous aspirons tous à la simplicité. Pourtant nos désirs sont insatiables, nos plaisirs contradictoires, nous sommes en permanence tiraillés entre l'être et l'avoir. Simplifier sa vie est donc un art délicat.
C'et le nouvel Eldorado : davantage de simplicité et notre vie deviendrait heureuse, nous nous sentirions plus proches de la nature ou, en tout cas, de rythmes, nous évitant le stress, l'urgence et leurs inconvénients. Adieu complications. A nous les jours tranquilles...
N'est-ce pas ainsi que ce défnit la vie simple ? Et dire que ce serait tellement évident !...Le mot d'odre est d'obtenir le meileur en dépensant le moins d'énergie possible. Nous disposons des outils nécessaires : les conseils des philosophes pour simplifier nos vies personnelles, et des "recettes" pour le réaliser concrètement. Pourquoi dès lors, y parvenons-nous si peu, ou si mal ?
Nous sommes complexes par nature
La première réponse tient de l'évidence : être un humain n'est pas simple, c'est même un imbroglio infini. Pour des raisons psychologiques profondes, qu'explique la psychanalyse, nos désirs sont insatiables, nos plaisirs sophistiqués. Résultat : nous aimons accumuler.
De plus , comme l'a montré le psychologue américain Paul Watzlawick (Comment réussir à échouer), nous cherchons souvent des solutions aux problèmes en les embrouillant encore davantage. Parfois pour de bonnes causes -épargner nos proches-, parfois pour de moins bonnes, lorsque cela sert nos intérêts. Enfin, il y a tous ces freins qui nous empêchent de changer.
Pour Dominique Loreau, auteure d'ouvrages proposant un art de vivre minimaliste, le frein principal est la peur de jeter. "Pour simplifier sa vie, estime-t-elle, il faut réfléchir à ses besoins et rejeter le superflu. Cela signifie abandonner une part de soi -possessions matérielles, opinions ou idées- et ne pas craindre l'inconnu, l'avenir, l'ennui, les retrouvailles avec soi même. Il n'y a rien de plus compliqué que la simplicité, car elle conduit à repenser sa vie en termes philosophiques, voire spirituels. Il faut réaliser que l'on est rien, que l'on peut mourir à tout instant, et appliquer cette connaissance à son quotidien"
Nous nous emcombrons de gadgets inutiles
La tâche est d'autant plus difficile que notre société ne nous aide guère. Rimant avec furgalité, la simplicité a un petit côté pauvre et face qui suscite peu l'enthousiasme, encore moins l'estime. Elle va même à l'encontre des ambitions modernes, qui visent à augmenter le confort par l'expansion et le progrès technique. Or, si ce dernier a longtemps facilité nos vies, la tendance semble s'inverser aujourd'hui...
En cause : des appareils trop alambiqués, des procédures trop difficiles, des sollicitations trop nombreuses, qui nous conduisent à perdre le contact avec le présent et nous enferment dans un sentiment d'incompétence. Qui peut encore réparer les objets usuels ? "La technologie est un superbe facilitateur, mais aussi un exaspérant handicapeur", rapelle John Maeda, faisant écho au philosophe Ivan Illich (La corruption du meilleur engendre le pire)
Néanmoins, ce n'est pas pour rien que nous succombons à ces sirènes, nous encombrant de gadgets inutiles aux fonctions compliquées, cédant aux injonctions de jouissance, de performance et de "toujours plus" sur lesquelles repose notre société de consommation. C'est que nous sommes mus par le regard des autres fondons notre bonheur sur la comparaison avec les personnes situées socialement juste au-dessus de nous. Résultat : la course au statut n'a pas de fin, la voiture ne sera jamais assez puissante, la maison assez équipée...
Nous pouvons trouver l'équilibre
Pire encore : à cette course s'joute l'irrationalité de nos décisions. Dan Ariely (C'est vraiment ? moi qui décide), professeur d'économie comportemetnale au même Massachusetts Institute of Technology, montre ainsi comment les soldes nous poussent à acheter sans besoin, combien nous sommes influençables, au point d'agir souvent contre nos intérêts, par réflexe, croyance, soumission aux normes, voire mauvais calcul, faussé par notre peur de perdre.
Et revoilà la peur dont parlait Dominique Loreau. Elle propose, pour en guérir, de "ne pas chercher à tout jeter" - son minimalisme n'est pas un ascétisme. "On a besoin d'une certaine chaleur, concède-t-elle, de conserver des désirs, des objets auxquels on est affectivement lié". John Maeda ne manque pas de'ajouter que "dire d'une chose qu'elle est complexe ou simple exige un cadre de référence".
Tout est donc affaire de point de vue. Ce qui parait limpide à l'un parîtra obscur à un autre. La difficulté à simplifier sa vie n'est pas à imputer aux autres ni à la société, même s'ils y contribuent.
Comme le défendent ces auteurs, et avant eux nombre de sages, les solutions résident en nous ; dans l'accord que chacun doit trouver entre ses vrais désirs, ses valeurs profondes et la vie plus ou moins folle qu'il accepte de mener.




